La grande peur…
Je l’ai senti monter en moi, me submerger, petit à petit. Comme un type coincé dans une cabine
sur un navire en train de couler, et qui se sent acculé au plafond avec l’eau qui commence à lui rentrer dans la bouche. Total Panic…
Et si je l’avais choppé ce terrible virus…
Passé du contentement benêt du mâle ayant aimé une inconnue le mercredi, au type psychosé par la peur de la contamination le vendredi.
Week-end d’angoisse, à picoler pour fuir la peur, à sentir la peur s’accroître à force de picoler. A chercher la compagnie d’amis pour penser
à autre chose, à me sentir seul au milieu des rires et de la joie.
Et puis, à regarder la vie, les choses du quotidien comme si c’était la dernière fois que je les voyais. Je venais brutalement de basculer
hors de la normalité…
Total Psychose, vous dis-je.
La toubib a eu beau me dire que, pour elle, il n’y avait aucun risque, il a fallu quand même que je passe par les tests de dépistage.
Je me revois dans ce dispensaire, avec des affiches tout autour me vantant les mérites du préservatif, soulignant lourdement les conduites à
risques à éviter (que, bien sûr, je n’avais pas évitées !). Avec un personnel médical vaquant à ses occupations professionnelles routinières. M’appelant dans la salle d’attente par un n°
anonyme qui faisait lever la tête (baissée) des gens présents pour probablement les mêmes raisons que moi. Ambiance lourde…
Et puis j’appelle le dispensaire, ce jeudi. Je donne mon n° et ma date de naissance (pas de nom, anonyme). L’on me dit que mes résultats sont
disponibles. J’attends : rien de plus. Il faut que je passe les chercher.
Horreur, je ne pourrais pas avant 2 semaines, je pars.
Je quitte le travail immédiatement, sous le regard surpris de mes collègues. Je n’arrive plus à respirer. Un étau m’étreint la
poitrine.
Je commence une prière dans ma petite tête, j’arrête, faut assumer ma connerie que je me dis.
Tu parles. En nage dans ma bagnole, je fonce, fébrile.
Pas moyen de me garer. Ça monte, ça monte, j’ai le cœur qui va pêter, c’est pas
possible !
Je déboule dans la salle d’attente : re-numéro d’appel anonyme, re-attente.
On vient me chercher, j’entre dans l’infirmerie. Je croasse (j’ai la bouche sèche) un timide bonjour.
La toubib : « Monsieur, je tiens à vous rassurer, le test est négatif ».
Je me sens tout petit minus, devant cette dame en blouse blanche. Elle est gentille, ne me fait pas la morale, me conseille la prudence pour
la suite de ma vie.
Je suis effondré, la tension accumulée s’évacue d’un coup, je suis une flaque.
En me dirigeant vers ma bagnole, je regarde la vie, le ciel bleu, le soleil de ce jour de juillet, les gens, j’avance en titubant, comme un
mec bourré.
Putain, c’est beau la vie.