Il y a un grand vide à l'intérieur. Ou un grand foutoir, au choix. C'est comme si tout les planchers d'une maison s'étaient écroulés et qu'il n'y est plus rien de stable à quoi se raccrocher.
Ça me fait poser la question suivante : reconstruire les planchers (mais ça ne sera forcément pas à l'identique, «l'intérieur» n'est plus le même. Ou tout raser.
Les choses peuvent reprendre leur cours normal ou à peu près : reprendre sa routine, remettre la tête dans le guidon, réentendre les mêmes conneries, remiser le souvenir de cet accident au fond de ma mémoire. Mais, forcément, les choses ne sont plus pareilles. Mon corps, mes sensations ne sont plus les mêmes. Et sinon ?
«Prendre de la distance», la grande expression que j'entends dans la bouche des toubibs, des kinés, des proches. Ça y est, je l'ai prise la distance, je suis satellisé, sur orbite.
Si j'y étais resté, je ne me poserais pas ces questions existentielles. Paradoxalement, les choses me semblaient tellement claires quand j'étais hospitalisé. Reconstruire le cœur et le corps. Point.
De nouveau, tout se re-complexifie, les questions hypothétiques sur l'avenir, ma « place dans l'univers », le système se re-pointe et j'apprends, oh surprise, que rien ne change dans le monde, dans la société, dans mon travail.
Me réadapter au biniou tout en étant désespérément inadapté.
09 fev
Je me sens perdu. Pas «revenu», pas là, «apparaissant/disparaissant» tour à tour, parfois vivant, parfois mort, sans goût, envies, motivations. Le seul truc qui me tient, c'est de faire de la gym, de la rééduc, jour après jour.
Mes journées sont rythmées par le lever et le petit déjeuner, que je vis comme un bon moment (peut-être le côté «on revit » après la petite mort qu'est le sommeil, c'est comme ça que je le vivais à la suite de l'infarctus), les rendez-vous chez le kiné, les sensations de mon corps, la cohabitation tranquille, silencieuse et amicale avec mon chat, ma promenade quand il ne fait pas trop froid, m'asseoir dans mon fauteuil, longuement, sans que rien ne se passe ni ne me passe par la tête, faire les repas. Peu de coup de fils, pas de visites. De toute manière, pas grand chose à dire.
L'autre jour, le kiné a eu un mot marrant en parlant de mon état : déconditionné. Je suis «déconditionné». C'est vrai. Je ne me sens plus dans le quotidien et ses codes. J'évite les infos et tous les messages véhiculés qui nous assomment quotidiennement. Au mieux, c'est une distraction de l'esprit, au pire, un mensonge que l'on raconte à tous, que l'on se raconte à nous-mêmes. Des histoires de réussites, d'ambitions, de «supermen», de modèle à suivre, de produits à avoir, d'attitudes et d'idées pré-formatées qu'on choisit comme au supermarché, tel bord politique ou tel autre, telle église ou telle autre. Nous passons notre temps à alimenter notre mytho personnel.
Moi ce que je peux en dire, c'est qu'aussi grand et aussi beau et haut soit le château de sable qu'on se construit, il s'écroule un jour, boum !! Aussi intéressants soient les projets, rêves ou autres que l'on fait, on se retrouve un jour dans un lit, avec un truc qui fait bip au dessus de sa tête, profondément seul. Si on a de la chance, on s'éteint vite. Sinon, on souffre un bon coup avant. En ce qui me concerne, ce que je me dis c'est que s'en sortir, en ayant ressenti ça, c'est y être resté un peu quand même. Mais ça vaut pour moi, ce que je raconte. Après tout, chacun fait comme il l'entend. Je suis un peu (forcément) négatif en ce moment. N'oublions pas que « tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir » selon l'adage. N'est-ce-pas un problème en soi d'être obligé de croire en quelque chose pour vivre tout simplement ? Avoir sa dose de « projets, rêves, ambitions » pour voir la vie en rose comme un drogué avec sa drogue.
Rien n'est jamais suffisant, après tout. Ça n'est pas au pyramides de Guizeh qu'on a vu dans sa vie, ou aux montagnes qu'on a escaladées que l'on pense le moment venu. Et j'imagine que si l'on a recherché la gloire et le regard des autres, qu'on s'est abreuvé de discours et de jolis concepts, il n'y aura pas grand monde pour regarder le «show final».
Le moment venu, on se sent seul et on a la trouille. Sauf, bien sûr, pour ceux qui prient et pensent au paradis après.
Alors... repartir comme en 14, la fleur au fusil, reprendre la route qu'on a quitté, « coucou, ça va ? C'est moi, je suis revenu dans le monde des vivants (c'est-à-dire dans la routine) où est le boulot que je m'y jette comme un déb' pour préparer ma prochaine crise cardiaque ???
C'est peut-être bien ce qui se passera, le temps lamine les mauvais souvenirs pour nous resservir la même soupe à la grimace au quotidien. Mais peut-être pas, trop tôt pour le dire. En un sens, j'aimerais bien parfois n'avoir jamais dérapé, me lever le matin en râlant mais en allant bosser, oui chef, bien chef, et en prenant tout dans les dents, le chaos, l'inorganisation, les discours, l'attitude de chacun.
Effectivement, ce qui est sûr, c'est qu'il faut se nourrir et payer son toit, tribut à verser pour vivre en société. Et faire le moins de bruit possible pour ne pas devenir gênant au point qu'on vous élimine. Alors ? Se recentrer sur sa vie, ses ami(e)s, sa familles, son jardin ? Pourquoi pas, après tout. Quoiqu'il en soit, tout de suite, ça me paraît difficile. Je me rends compte que c'est dans la survie que les choses deviennent simples.
Finalement, le corps, pour bien fonctionner, n'a pas besoin de toute cette agitation. Mais comme l'agitation est partout, et bien il en subit les conséquences et déraille. Mais jusqu'à preuve du contraire, c'est le corps qui nous fait vivre, avancer, ça n'est pas nos idées ou nos pensées.
Si un rideau se déchire, on voit quelque chose que l'on n’avait pas vu avant (où pas voulu voir), voilà, c'est fait. Où on s'assoie longtemps, sans rien faire.
Voilà, peut-être une manière de comprendre la chose. Mais bon, on peut toujours se lever, s'agiter, mettre de la musique, appeler Pierre, Paul, Jacques, sortir.
Mais dans un lit, faible, malade, pas bien, on est obligé.
Je ne sais pas, je suis fatigué, paumé, je n'ai plus de certitudes.
10 fev
Quoi aujourd'hui ? Rien. S'habituer à être ainsi, vivre ainsi, ressentir ainsi. J'ai la tête à la fois pleine de rien, et vide de tout : standby complet. Le seul truc qui me tient, jour après jour, c'est la gym. Mais tout les jours, ça semble trop, ça sent la compensation, ça structure un peu ma journée aussi. Je ne me sens pas fatigué pour rien. Côté social, je suis allé faire les courses : correct, mais bruyant, du monde, du bruit. Je sens bien que je tourne à «fréquence basse».
Mais je me sens si loin de tout, parents (ça se comprend en ce moment entre l'Alzheimer de ma mère et le comportement de mon père), et cette sensation de futilité à chaque action entamée (jouer de la guitare, allumer l'ordi, regarder la télé) tout cela me semble si secondaire. Je ressens ça comme une distraction au quotidien faite simplement pour éviter de regarder le problème en face. Je vis avec le problème, j'en deviens le problème.
Et le problème c'est quoi ? Cette accident sur lequel je suis resté buté, ou tout ce que j'associe à lui comme responsable (ma vie, ma manière de réagir face aux agressions, mon stress au travail).
En soi, il n'y a pas de problème, si je considère que ce que je suis en train de faire et l'unique chose que j'ai à faire actuellement, guérir et rester tranquille. Il y a problème, lorsque je fais retour en arrière, lorsque je me projette vers le futur.
Midi, tenté de regarder les infos : brouhaha du monde, discours une fois de plus ciselés, douce petite chanson de la normalité ou agitation du spectre de l'angoisse.
Mais ce vide, cette sensation de perte de sens. Pour y revenir, la seule chose qui en est, c'est reconstruire mon corps. J'ai plus de goûts, plus envie de cogiter, réfléchir, imaginer.
A bien y réfléchir, ça ne date pas d'aujourd'hui. Quand j'ai commencé à arrêter de peindre des paysages ou des scènes pour passer à peindre ce qui me passer par la tête, couleur, découpage.
La perte de sens date d'avant l'accident. Elle s'est amplifiée après, c'est tout. Elle a toujours été là. Finalement. En tout cas, c'est une grande souffrance.
Après-midi
Un rayon de soleil
Fait briller les gouttes de pluie,
Sur les arbres noirs,
chantent les oiseaux,
Un grand vide en moi.
11 fev
Désespoir. Pour l'instant, il ne s'agit pas, (s'il ne s'est jamais s'agit, un jour...) de devenir plus, mieux que je ne suis. Mais d'être, tout simplement, au quotidien après ça. D'être avec 10 de tension et une fréquence cardiaque d'huitre, là où j'arrivais à peine à assurer avant. Il va falloir que je me cale dans ce monde avec mon corps et avec les pensées qui me traînent dans la tête suite à tout ça. Mais peut-être que tout cela sera un rêve dans 6 mois/1 an. Mais peut être pas. Ma vie va-t'elle changer ? Mon regard sur les choses aussi ? Où vais-je me retrouver rapidement la tête dans le guidon à réentendre les mêmes âneries prononcées comme des vérités absolues. Actuellement, pour insister lourdement, rien ne me semble important. Si ce n'est ce qui constitue mon présent immédiat, qui me touche, qui touche mon corps. Les rumeurs du monde ne m'atteignent pas, les guerres, les conflits de peuples, d'individus, d'ego ne me concernent pas, les ambitions de tels ou telles me sont étrangères. N'existe pas. Suis-je indifférent ? Je suis ailleurs, c'est tout. Je suis là, dans mon présent, il(s)/elle(s) sont là-bas, dans le leur.
Les fleurs sont bien, là où elles sont. Pourquoi, lorsqu'on les voit, ressentons cette envie, ce désir de les couper, de les amener chez soi ?? Parce qu'elles sont belles, parce qu'on veut qu'elles décorent notre intérieur : réponse la plus courte et la plus standard.
Les fleurs sont bien là où elles sont. Tout le reste du paragraphe est de trop. Voilà, où est notre problème, à nous, hommes, c'est la suite du paragraphe. Dans la première partie, nous sommes avec, au milieu des fleurs, avec elles, nous faisons partie du décor. Dans la deuxième partie, nous nous mettons à l'écart du décor.
« Je veux donc je suis » pour paraphraser quelqu'un.
Il y a quelque chose d'automatique dans mon fonctionnement, actuellement : je me lève, déjeune, réeduc gym, sortie, assis dans mon fauteuil sans rien dire à regarder dehors, mon chat, au fond de moi. Pas envie de rêver, penser, cogiter, élaborer, projeter.
Ce qui me secoue : chaque projection ou acte me semble chargé de futilité dans l'instant où je l'entame. Trop le sentiment qu'il n'est prétexte qu'à fuir mon vécu actuel. Je ne sais pas trop quoi faire de cette sensation.
Visage dans la glace : maigre, hâve, yeux cernés. Tension faible. Comment vais-je retourner au charbon ?
Avec mon chat, j'apprends à faire des gestes doux, légers, sans à-coups. A m'approcher de lui lentement, doucement, à le caresser tranquillement, à lui murmurer des choses plutôt que d'élever la voix : une sorte de sophrologie ?
L'espoir fait vivre... l'espoir, c'est demain, ce sera mieux, différent, ça évoluera, ça changera. Avec l'espoir, on est dans le futur, jamais dans l'instant, c'est toujours plus tard.
Pareil : que faire de ce sentiment ?
Je vacille au bord de l'abîme,
Depuis que s'est ouvert ce rideau.
Tout me semble irréel,
Derrière, j'ai trouvé l'essentiel.
Qui y'a-t'il derrière les mots ?
Que savons-nous de ce que l'on voit ?
A part ce que l'on a appris de la chose,
Est-ce moi qui perçois les choses ?
Sont-ce les choses qui me créent, d'instant en instant ?
Cette sensation si détestable,
De ne pas être où l'on voudrait, ce qu'on voudrait,
D'être où l'on ne veut pas, ce qu'on ne veut pas.
Jamais présent dans son présent.
L'ennui me fait enchaîner les activités, les unes après les autres, comme des perles. Sans temps mort, toujours quelque chose à faire, dire, écrire. J'en ai tristement conscience. Toujours quelque chose à faire.
Planifier sa journée pour ne pas la perdre (ou plutôt, ne pas avoir la sensation de la perdre).
Avec ce type de pensées, je finis par ne rien faire. Ce qui n'est pas mieux, puisque je me force à ne rien faire.
Qu'est-ce-qui me pose problème dans tout cela ? Ce sont pourtant des questions qui ne nous effleurent même pas en temps normal.
Parce qu'on a la «tête dans le guidon», qu'on est toujours «surbooké» (ou qu'on s'arrange pour l'être). Des fois qu'on voit le vide.
Je fais quelque chose donc j'existe. Même quand on médite, on fait quelque chose. On médite pour s'abstraire de la pensée, mais c'est elle qui nous met ce besoin dans la tête.
Je reviens sur ce sentiment, en ce moment, de futilité des actes.
Je m'interroge sur un truc qui, à-priori, n'est pas un problème : faire quelque chose. Sauf que, en ce moment, à peine entamé, une sensation de futilité naît en moi. Il y a bien donc un quelque chose.
Peut-être que je n'aime plus cela, que j'ai envie de faire autre chose. Peut-être est-ce plus profond que ça comme sentiment.
Quand on est occupé, on ne pense pas à tout ça. Sauf que voilà, un jour, il nous arrive quelque chose, on se retrouve avec du temps et rien d'autre à faire que gamberger et voilà ! Les questions viennent. Et une fois venues, on ne peut pas les chasser comme un simple moustique.
Elles s'implantent et voilà !!!
Le rouage s'est grippé. Le bel ordonnancement des choses a volé en éclat.
C'est arrivé un jour de décembre,
Au moment où je me levais,
D'un coup, j'me suis effondré,
Et j'avais mal à hurlé.
La minute d'avant, je pensais au boulot,
Qui m'attendait,
La minute d'après, j'étais frappé.
Aujourd'hui, 30 cm de neige partout, partout, c'est joli, joli. Mais il fait si froid.
15 février
Plaisir de marcher dans la neige. Plaisir du blanc, du doux, du calme, du silence, de la lenteur, de la neige qui craque sous mes pas. Plaisir de voir l'agitation ambiante obligée par la nature de se ralentir.
Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? : bannir ces questions, les choses arrivent, on les vit. Point. Mais ça ne se décrète pas. Bien au contraire, il semblerait que l'effort fait produise l'effet inverse : l'accélération de la cogitation.
Je tombe, je n'en finis pas de tomber.
Je découvre que le « rien « me va bien. Pas de superflu, d'inutile, que ce soit dans la vie, dans la tête, dans les paroles au quotidien. Même ce qui est écrit sur cet ordinateur a été précédemment rédigé sur du papier. Il a fallu que cet infarctus surviennent pour recommencer à écrire avec un vrai stylo sur du vrai papier.
C'est ça le paradoxe : ces tonnes de superflu, d'inutile et d'accessoire pour dissimuler l'essentiel. Mais peut-être que ça aussi, c'est une stratégie personnelle et sociale aussi qui se met en place pour nier le réel.
Physiquement : je fatigue vite. De plus, j'ai une sensation de dissymétrie, de déséquilibre : mon côté gauche est bourré de tension, est-ce le résultat de cette méga-crampe que j'ai eu le jour de l'infarctus, les muscles ou le cœur qui travaille depuis la rééducation ?
Quand à l'état mental : je flotte.
Le 10 décembre : un accident de parcours avant retour sur la piste ou le début d'un truc ?
22 fev
Rien ne semble avoir de sens... c'est péremptoire comme affirmation. Ça vaut ce que ça vaut. On peut, certes, donner du sens à sa vie, trouver un sens, une direction, mais fondamentalement...
Qu'est-ce-qui nous tient si ce n'est la lente régularité du quotidien qui nous semble aller de soi, sur lequel on ne se pose pas de questions sauf, parfois à l'occasion de la disparition d'une connaissance ou d'un proche.
Une chose qui peut en a une pourtant : entretenir ce corps, ce cœur, au maximum, l'économiser, le préserver afin qu'il nous porte le plus loin possible et en meilleure forme possible. Eviter, fuir les addictions susceptibles de le détruire.
Quand à ce qui nous encombre la tête... ça nous a rendus capable d'aller sur la lune, bien sûr. Mais l'être humain en souffre-t'il moins qu'avant ? Pas sûr.
Si j'étais capable d'inventer quelque chose, ce serait la nourriture qui se réplique infiniment. Un peu comme la manne dans la bible. Mais gageons que quelques uns trouveraient le moyen de privatiser la chose ou de spéculer dessus.
J'ai regardé derrière le rideau et les masques, comment puis-je oublier ce que j'y ai vu ? Carnaval...
Question fondamentale (pour moi) : comment ne pas être aspiré par le tourbillon du monde (ou plutôt de la société) qui tourne de plus en plus vite...
Le rêve du Papillon : je suis un homme qui a rêvé qu'il était un papillon, qui rêvait qu'il était un homme, qui rêvait être un papillon...
Je ne l'ai guère connu. Un grand costaud, look d'éternel ado rebelle, grande gouaille, un côté un peu rétro dans sa dégaine. Une sacrée voix, j'avais écouté le cd qu'il avait enregistré.
Et maintenant ? Son corps est froid, sans vie, dans un trou. Que reste-t-il d'un être une fois mort, sinon les bribes de souvenirs qu'il laisse dans la mémoire des autres ?
La mémoire : Restes atrophiés, figés, calcifiés d'expériences passées, phénomène qui vient sans cesse polluer la fraîcheur de l'instant. Bien souvent, ce qu'on voit dans l'instant, ça n'est pas la chose, mais le souvenir de la chose. Bémol pour les artistes, qui savent percevoir les subtils changements de la chose regardée dans l'instant.
Je n'ai plus envie : juste celle d'avancer, au quotidien, de suivre un chemin errant, fait de surprises, de bifurcations, de pause. Comme une grande randonnée en montagne un jour de printemps.
Construire, se projeter, envisager. Juste des actions bonnes à dilapider l'instant, à le perdre dans des supposés plans sur la comète.
Laisser faire, ne pas lutter, être balloter : Je veux apprendre l'art du rien, du geste lent, gratuit, l'art de pas forcer, de se taire, de regarder.
22 mars
Si l’on ne prend pas un peu de hauteur, si l’on ne fait que regarder la vie que par le petit bout de la lorgnette, à savoir ce qui « nous semble » important comme le travail, les objectifs, bref, tout ce qui meuble notre quotidien, on passe forcément à côté de l’essentiel.
Parfois, c’est la vie qui nous fait prendre de la hauteur, de la distance malgré nous, à l’occasion d’un accident.
On se rappelle alors que l’on est mortel, sujet à la souffrance physique, cette souffrance qui annihile toutes les idées reçues, qui explose le prisme à travers lequel on regarde le monde. Qui élimine toute idée même. On n’est plus partisan, pour ou contre, juge ou parti. C’est plus qu’une question de survie, de vie. Tout cela n’existe plus, tout simplement. Comme un rideau qui se déchire et nous force à regarder ce qui est.
J’étais et je ne suis plus. L’individu conscient de lui, s’imaginant UN, séparé du monde, est devenu un tas de particules élémentaires qui interagissent entre elles pour leur survie.