Hier, j’ai passé un temps infini à regarder par la fenêtre les nuages défilaient assis sur mon rocking-chair. Un temps infini, car mon esprit était si vide, que rien ne s’y
installait, hormis ces nuées qui se succédaient, m’emplissant le regard, la tête.
J’aime ces moments où il y a abolition du temps, abolition du soi, cette dilution magnifique.
Où ce que je suis, ce que je voudrais, ce que je dois ou non, n’a plus de sens, n’a plus lieu d’être.
La fontaine incessante des pensées se tarit l’espace d’un moment ainsi que toutes ces constructions mentales qui font souvent de nos existences, il faut le dire, un enfer.
Tout avait pourtant commencé dans le bouillonnement. Envie incontrôlable de peindre, sculpter, créer, évacuer ce trop-plein qui se pointe brutalement. Mais syndrome de la page
blanche, impossibilité d’accoucher, quelle couleur, quelle nuance, quelle thème, quel portion de matière à ôter à cette pierre….
Et d’un coup, le vide absolu. S’asseoir et se diluer.
Pourquoi cette société ne sait-elle pas s’arrêter un instant ? S’arrêter de parler, d’échafauder, de se projeter, de désirer…
Pourquoi n’apprend-on pas le silence et sa qualité, l’immobilité, l’oubli ?
La plus belle des toiles et la toile blanche, car, ne limitant pas l’esprit à des formes, elle lui ouvre, bien au contraire, l’infini. Il en va de même pour la pierre brute.
Laissez un mur blanc dans la ville, il ne tardera pas à être taggé… pourquoi une telle peur devant le silence, le vide ?