Hier, 15 mars 17h, je suis allé voir Maman à la maison médicalisée. A ma grande honte, je dois bien reconnaître que j’ai longuement hésité. .. Mais bon, j’y suis allé.
Elle m’a semblé un peu déprimée. Mais c’est vrai que c’est assez déprimant. Un lieu clos d’où elle ne peut sortir, des plafonniers allumés toute la journée qui finissent par agresser les yeux, une chaleur étouffante dans les locaux.
Et tellement de misère autour. De vieilles dames amorphes, écroulées dans leur fauteuil roulant, d’autres à l’écart, seules, qui vous fixe de leur regard éteint. Telle qui ne cesse pas de marcher et d’ânonner, telle autre qui pique tout ce qu’elle trouve. Et celle-là qui fait un scandale parce qu'on lui à pris SA chaise.
Et si peu de personnel pour s’en occuper. Encore une histoire de restriction budgétaire à la con. C’est ce que m’évoquait une dame qui semble n’être pas encore trop touchée par les dégâts d’Alzheimer : l’ennui, peu d’activités proposées, une attente interminable rythmée par les repas.
J’ai trouvé ma mère perdue. Et agressive. Aucune des autres malades ne semblaient trouver grâce à ses yeux. Elle n’avait qu’une envie, partir avec moi. Il a fallu que je bobarde encore pour désamorcer la crise. C’est vrai qu’on ne peut pas dire que les aides-soignantes vous aident dans ces cas-là. Enfin, j’ai compris le coup. Je viens une heure avant le repas, comme ça, ça me sert de prétexte pour la laisser. Mais à chaque fois, c’est un peu un crève-cœur, comme si je l’abandonnais à son sort. Tout en sachant qu’elle est mieux là, mon père n’étant pas capable d’adopter le comportement demandé. Ceci dit, à son crédit, il faut avouer qu’un malade d’Alzheimer au quotidien, ça vous bouffe une énergie.
Chaque fois que je repars, je suis partagé entre le soulagement d’échapper à ce milieu étouffant et un peu de culpabilité.
Il ne fait pas bon vieillir. Qu’en sera-t’il pour moi à son âge ? Qu’il est loin le temps de l’insouciance.