Texte libre

la poésie à l’état pure :
Hozo
Extrait du Kledzé Hatal ou "Nuit des Chants" des indiens Navajos:
sur la piste marquée de pollen fasse que je marche
avec des sauterelles à mes pieds  fasse que je marche
avec la rosée à mes pieds fasse que je marche
avec la beauté fasse que je marche

la beauté devant moi fasse que je marche
la beauté derrière moi fasse que je marche
la beauté au-dessous de moi fasse que je marche
la beauté au-dessus de moi  fasse que je marche
la beauté tout autour de moi fasse que je marche

dans le vieil âge errant sur la piste de la beauté avec un sentiment de vie fasse que je marche
dans le vieil âge errant sur la piste de la beauté à nouveau vivant fasse que je marche
accompli dans la beauté
accompli dans la beauté

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Mardi 6 février 2007
« Ti bouffes ou ti bouffes pas, ti crève quand même !! ». Je ne sais pas si vous vous rappelez de cet humoriste un rien vaseux et populiste qui avait sorti cette boutade dans un de ces sketchs. C’était dans les années 70.
Ben, en fait, dans cette tirade, se trouve toute la philosophie de la vie ! Dire qu’il y en a qui écrivent des études, des essais et des thèses pour parvenir au même constat !!
Bon passons.
Nous avons là, les fondements de la réalité humaine. Quoiqu’on fasse, ou ne fasse pas, le résultat est le même, écrit dans notre destinée d’être.
Chaque minute nous rapproche de cette réalité qui défie tout, les pyramides et la gloire. C’est bien pour cela (notamment pour ce qui me concerne) qu’avec l’âge, la peur nous étreint de plus en plus les tripes.
Donc, en fait, 2 attitudes faces à la vie : faire les choses, ou ne pas les faire. En sachant, et c’est important, il faudrait constamment le souligner tout au long de notre existence…
Que le résultat sera le même !!!!!
On peut toujours juger l’autre à l’aune de la propre attitude que l’on a choisi : par exemple, l’homme dynamique et plein de réussite qui regarde avec mépris l’homme passif. Où l’homme passif qui regarde avec commisération l’orgueilleux s’agitait.
Le fait de crever quand même devrait nous éclairer sur l’inanité de l’une ou l’autre démarche.
Donc, il suffit juste d’évaluer laquelle des 2 attitudes correspond le mieux à notre personnalité.
Mais est-on capable de l’évaluer ? Aujourd’hui, le chant des sirènes de la réussite perso nous pousserait plutôt à opter pour la solution « Ti bouffes ». Encore faudrait-il être capable d’engager une réflexion sur ce qui nous pousse vers l’une ou l’autre des 2 attitudes.
L’option réussite est, la plus simple, la plus rapide. Combler ses désirs, se faire plaisir peut paraître tellement plus agréable. Et c’est vrai que cela paraît normal. Mais parvient-on réellement à combler définitivement ses désirs ? Regarder le marché qui ne cesse, une fois atteint son but, de réévaluer ses objectifs pour toujours encore plus.
Quelqu’un a très bien défini les 3 poisons de l’existence humaine : l’avidité, l’ignorance et la colère. Les 3 s’alimentent sans cesse, l’avidité sans fin est alimentée par l’ignorance de ce cycle infernal et la colère naît du sentiment de ne pas avoir tout ce que l’on voudrait avoir. Et ça tourne, et ça tourne.
Quand à ne pas « bouffer », il y a là une certaine forme de masochisme dans laquelle bien peu d’entre nous (heureusement !) aurait du mal à se reconnaitre.
Alors, la morale de cette histoire, c’est quoi ???
Il faut bouffer un petit peu, mais pas trop, Et ne jamais oublier, à chaque instant.
Que de toute manière le résultat sera le même. Et c’est peut être ce constat-là dont il faudrait avoir un peu plus conscience.
Tiens « Little Bouddha » est de retour. Marrant de voir ce gamin de 16 ans figé sous son arbre tel Bouddha. Bien sûr, ça alimente le doute (il se lève la nuit pour manger, il y a un trucage).
N’empêche, ce qui est sûr, c’est qu’il est capable de ne pas bouger pendant une journée entière. Quand on sait ce que représente 1 heure de méditation en terme de tensions physiques et d’attention.
Lui, il a choisi « ti bouffes pas ».
Mais il y a tellement d’agités, qu’on pourrait au moins respecter une des rares personnes qui a décidé de ne pas bouger, non ?
Par jean - Publié dans : hozo
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Mardi 23 janvier 2007
L’Abbé Pierre est donc mort. Ce petit vieux, tout mal habillé, tout rabougri, avec sa canne et ses lunettes de travers…
Si j’étais un peu cynique (ce que je suis), je dirais que sa mort + les tentes de l’association Don Quichotte, ça fait beaucoup :
Il va être difficile aux politiques d’esquiver leur responsabilité. J’en connais déjà qui doivent faire la grimace !! Sa mort, c’est comme un dernier pied de nez à l’indifférence !
C’était étrange, vous ne trouvez pas, de voir les médias chantaient ses louanges. On finissait par croire que les seules étoiles dignes d’être révérées, c’était les peoples, les sportifs, les politiques et les patrons. Patatras, un petit bonhomme de rien du tout, par sa mort, vient nous rappeler que ce n’est pas ça. Tous ces gens ne s’engagent que pour eux-mêmes. Lui, il s’est engagé pour les autres. De toute manière, on ne peut même pas dire qu’il y a eu engagement, c’était naturel. Il a vu la misère, il y est allé. Il a apostrophé les « grands » (en fait, très petits, croyez-moi !!!) pour les mettre en face de leur responsabilité.
Qu’ils ont esquivé à qui mieux mieux.
Une histoire qui dure depuis l’aube des temps. Des puissants (sans majuscule) enfermés dans leur égoïsme et leur calcul, et des Petits (avec majuscule) qui viennent les secouer.
C’est ça, la grandeur de l’Homme (s’il en est une…), rien à voir avec le business, les chiffres, les objectifs et la réussite. Cet homme, par sa mort, vient nous rappeler un truc fondamental : on se plante complètement dans la direction donné à nos vies, à notre société.
Ne le pleurons pas. De toute manière, il a dû avoir face à la mort une sérénité et une confiance que nous n’aurons peut-être jamais, enfermés que nous sommes dans notre peur de disparaître.
Sarko, Ségo et compagnie, vous avez l’air malin avec le fric que vous dépensez pour couronner votre sacre.
Les « étoiles » qui nous montrent la voie (avec désintéressement) sont rares dans notre monde.
C’était mon petit hommage perso.
Amen.
 
Par jean - Publié dans : hozo
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Vendredi 5 janvier 2007
Le pèlerin avait entendu parlé d’un homme de sagesse, qui vivait seul, installé au faîte d’une colonne de pierre, dérisoire vestige d’un temple depuis longtemps ruiné par les outrages du temps.
Cela faisait des années qu’il errait sur cette terre, à la recherche de la Vérité. Démuni, crotté, à moitié mort de faim, sa quête l’avait mené aux confins de ce désert. Il ne lui restait plus que sa mule, et une bourse contenant quelques pièces.
Il lui avait été dit que ce vieil ermite maîtrisé les secrets de la Vie et de la Mort, du Passé et du Futur, de la Fin de la Souffrance et de l’Eternité.
Depuis une semaine, cheminant sur les sentiers de poussière, il n’avait pas croisé âme qui vive, si ce n’est quelques lézards et lichens, dont il avait fait son ordinaire, du reste.
La journée finissant, il devina, au détour d’un chemin, la silhouette massive d’une colonne de pierre. A son sommet, des mouvements trahissaient la présence d’un être vivant.
Arrivé au pied de l’édifice, il bascula la tête en arrière et, y mettant tout le peu d’énergie qu’il possédait encore, il s’adressa à la forme en ces termes :
« Holà, m’entendez-vous ? »
Pas de réponse. Epuisé, il cala la bride de son mulet sous une pierre et s’assit à même le sol.
Avisant un petit caillou, il s’en saisit et, d’un mouvement lasse, l’envoya au jugé en direction du haut de la colonne.
- « Aie ! »
Un visage apparut :
-« qui va là ? Qui dérange ma retraite ? »
- « Je ne suis qu’un pèlerin à la recherche de la Vérité, Sainteté »
- « De la Vérité, dis-tu ? Mais n’y’a-t-il qu’une Vérité… »
- « En cela maître, vous semblez adhérer à la thèse soutenue par les Moines de la Protubérante Réalité !!! »
- « Que me dis-tu là, sot ??? Point de sophismes !!  Laisse donc ces mangeurs de légumes où ils sont avec leur hérésie !! »
- « Mais alors Auguste Sainteté, qu’en est-il ??? » gémit piteusement le pauvre pèlerin.
-« Il te faudra monter sur cette colonne si tu veux espérer, un jour, percevoir ne serait-ce qu’une once de l’Insondable Vérité. Mais prends garde, elle peut fort bien te consumer.
- « Qu’importe Maître, je suis prêt à tous les sacrifices ».
-« Alors, il te faut venir ici. Voici la corde, je descends. Ainsi, je te laisse la place. Prends tout ton temps pour méditer, je garderai ta mule ».
Le pèlerin s’installa. Au bout d’un instant, il s’adressa de nouveau au vieil ermite :
-« Maître, comment dois-je faire ??? »
-« Assieds-toi jambes croisées, sans bouger, et respire lentement. » dit l’ermite, tout en fouillant les affaires du pèlerin.
-« Maître, comment saurais-je que je suis parvenu à percevoir la Réalité Ultime ?? »
-« Et bien, sot que tu es, lorsqu’elle se présentera à toi, tu la reconnaitras ! » Répondit l’ermite tout en passant la bourse à sa ceinture.
Une heure s’écoula, puis deux. L’attente immobile commençait à fatiguer les membres du pèlerin.
En désespoir de cause, il cria dans le noir :
« Maitre, je ne vois rien venir, c’est si dur ».
Il n’obtint aucune réponse. Dépité, lassé, dégouté d’être si peu vertueux, il entreprit de redescendre pour aller s’avouer piteusement vaincu à l’ermite.
Arrivé au pied de la colonne, il ne trouva ni mule, ni ermite.
…………………………………………………………………………………………………..
Le vieil homme arriva en ville sur le dos de sa mule. Il était sale, maigre à faire peur. Ses articulations, rendu raides par l’inactivité lui arrachaient des grimaces de douleurs, mais c’est cependant avec une lueur égrillarde dans le regard qu’il s’adressa en ces termes à un passant :
-« Dis-moi, homme, où puis-je trouver la maison de Plaisirs ???????»
 
 
Par jean - Publié dans : hozo
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Jeudi 21 décembre 2006
Voilà. Au vu des dégâts occasionnés par l’enflure du Moi chez certains de nos collègues humains et le gâchis que ça occasionne sur notre vie,  j’ai décidé de monter un stage.
Il sera l’opposé des stages d’affirmations de la personnalité, des séminaires de motivation, et autres nombrilités exotiques.
Un stage d’humilité, quoi. Destiné à réapprendre à être :
1)      simple.
2)      A s’oublier un peu.
3)      A cesser d’entraîner les autres dans sa folie.
Si vous avez des idées de thèmes, d’ateliers, je suis preneur.
Croyez-vous qu’il y est un « marché porteur » pour cela ????
Par jean - Publié dans : hozo
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Vendredi 8 décembre 2006
Voilà. Ça faisait un moment que ça le turlupinait. Ça avait commencé par une infection urinaire carabinée qui trainait en longueur. Des douleurs lancinantes dans son bras gauche.
Dernièrement, il ressentait une petite bosse sous son cuir chevelu, ça le gênait, ça l’irritait.
Il avait fini par aller voir le toubib. Mais il avait mis le temps. Le concept de maladie, c’était bon pour les autres. D’ailleurs, c’est bien connu, ça n’arrive qu’aux autres.
Radio, scanner.
Tiens Mr, c’est étrange, vous avez un trou dans le crâne… oh oui, ça lui avait paru étrange. On l’avait envoyé chez un spécialiste : le diagnostic n’était pas rassurant… selon la formule consacrée.
Mais paradoxalement, il se sentait mieux maintenant qu’il «savait».
Il était sur son terrain. C’est un homme d’action, lui, l’a peu près, le doute, le flou, le questionnement le plonge dans un monde effrayant qu’il n’appréhende même pas.
Mais bon, dès que les choses sont clarifiées, son sens de l’organisation reprend le dessus.
C’est juste un combat, avec un objectif et des moyens à mettre en œuvre pour y parvenir.
Commence la longue attente des visites, contre-visites, traitements.
D’un coup, son âge lui apparait. L’éphémère, l’impermanence, la mort, le temps qui passe sont des choses qu’il est obligé, pour la première fois de sa vie, de prendre en compte.
 
Par jean - Publié dans : hozo
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