Mercredi 15 novembre 2006
Isa est toujours aussi belle, elle vieillit, mais elle est toujours aussi belle, malgré ses 3 grossesses et ses 2 maris. Sourire qui lui mange le visage tellement il explose, yeux brûlants qui vous fixent, voix de velours au téléphone (« coucou, c’est moi » comme s’il n’y avait plus qu’elle à considérer en ce bas-monde).
Et je les vois, hommes, tournant comme des bourdons autour d’une fleur. Et je la vois, bises faciles.
Le problème, avec Isa, c’est qu’elle manque totalement de poésie. Totalement. Soyons francs, les gens, si tournés vers eux-mêmes, n’ont qu’une vision approximative de l’autre, et les hommes ne voient que ce qu’ils y cherchent. Je sais, je suis passé par là. Alors, ils voient d’Isa, son beau visage, ses longs cheveux noirs, son corps mince et élancé.
Parfois je suis obligé d’aller voir Isa. Obligé, parce qu’Isa, je l’ai rencontré au travail et que mon métier m’oblige à, malgré mes états d’âme, dépanner les autres. Ce qui n’est pas une mauvaise chose, en fait, servir l’autre est riche d’enseignements. Nous devrions tous du petit au plus grand, être régulièrement au service de l’autre.
Bref, je connais tellement bien Isa… elle irradie tant de mal-être… Isa qui n’a jamais assumer sa vie et qui n’a jamais cessé de trouver des gens, des hommes, capables de l’assumer à sa place. Avec moi, elle s’était trompée, la pauvre. Je n’ai rien du « mâle dominant ».
D’où ces 2 mariages ratés. On a beau rencontré des hommes socialement à l’aise, ça ne fait pas d’histoire d’amour.
Isa ne fait rien sans rien, rien pour rien. Pas de poésie, vous dis-je. Au début, je trouvais cela détestable, aujourd’hui je trouve cela si malheureux.
Quand je suis près d’elle, ça n’est jamais gratuit. Elle a un problème, elle appelle. Et me lance des phrases, sur sa vie, sur telle ou telle chose.
Je ne saisi rien de ces appels, ils tombent comme lettres mortes.
Je suis là pour autre chose, Isa, ne l’oublies pas.
Il serait si simple, chère Isa, de me convier à un café, et là, effectivement, nous pourrions parler de tout ce qui te chante.
Mais voilà, tu ne sais pas faire. Et ça me surprend toujours. Il y a des êtres qui ne savent tout simplement pas faire les choses sans raisons.
Isa, oui, tu es très jolie, mais vraiment, tu manques totalement de poésie. L’essentiel.