Mercredi 22 novembre 2006
Je suis au travail, sur un autre site, dans un local informatique aseptisé, plafond bas, néons, dans la zone industrielle.
Par la fenêtre, cependant, je vois une colline de terre, vieux cône de rejet volcanique, chatoyant des couleurs automnales, rouges, jaunes, rouilles sous un ciel bleu dégagé, limpide et pur. Quelle est la réalité ??
La réalité… c’est la relation complexe que j’entretiens avec autrui dans une société de performances, faites de services à rendre, d’objectifs à atteindre, d’attitudes codifiées ?
Ou bien la réalité, est-ce cette colline qui défie le temps, plantée de manière incongrue, au milieu de bâtiments fonctionnels ?? Mais après tout, est-ce bien elle qui est incongrue ? Elle était là avant tout ça.
Et si c’était tout ce que nous construisons qui étaient incongru en ce monde ? On finit par penser qu’on fait partie du décor, qu’on est le thème central du décor.
Mais ça n’est pas vrai, tout comme les dinosaures, nous passerons.
Et cette colline sera encore là…
Cette colline se dresse-là, depuis des millénaires, alors que tout ici n’était que plaine.
Cette colline se dressera encore le jour où cette zone ne sera plus que ruine, peut-être…
Au moment où je reprends le stylo (le clavier…) le jour baisse et les couleurs ont encore changées, une teinte rosée envahie le paysage, posé comme un glacis.
La seule chose qui me rassure dans cette vie écrabouillée de doutes, qui parfois me pèse et dont je ne comprends pas toujours les règles, c’est que la poésie ne nous quitte jamais. Même au milieu d’un tas de fumier, notre attention est encore attirée par une fleur, une lumière, une couleur. Quand tout n’est que bavardage incessant sur les projets, les objectifs, les problèmes à résoudre, une mouche voletant autour d’une tasse de café peut nous absorber et rapidement nous projeter ailleurs…
Je dis «nous» pour ne pas dire «je», pour ne pas me démarquer du lot, car je fais partie du grand cirque, moi aussi … Mais franchement, dans ce nous, combien voit les choses autrement qu’à travers le prisme de tout ce qu’ils y projettent ?