Le pèlerin avait entendu parlé d’un homme de sagesse, qui vivait seul, installé au faîte d’une colonne de pierre, dérisoire vestige d’un temple depuis longtemps ruiné par les outrages du temps.
Cela faisait des années qu’il errait sur cette terre, à la recherche de la Vérité. Démuni, crotté, à moitié mort de faim, sa quête l’avait mené aux confins de ce désert. Il ne lui restait plus que sa mule, et une bourse contenant quelques pièces.
Il lui avait été dit que ce vieil ermite maîtrisé les secrets de la Vie et de la Mort, du Passé et du Futur, de la Fin de la Souffrance et de l’Eternité.
Depuis une semaine, cheminant sur les sentiers de poussière, il n’avait pas croisé âme qui vive, si ce n’est quelques lézards et lichens, dont il avait fait son ordinaire, du reste.
La journée finissant, il devina, au détour d’un chemin, la silhouette massive d’une colonne de pierre. A son sommet, des mouvements trahissaient la présence d’un être vivant.
Arrivé au pied de l’édifice, il bascula la tête en arrière et, y mettant tout le peu d’énergie qu’il possédait encore, il s’adressa à la forme en ces termes :
« Holà, m’entendez-vous ? »
Pas de réponse. Epuisé, il cala la bride de son mulet sous une pierre et s’assit à même le sol.
Avisant un petit caillou, il s’en saisit et, d’un mouvement lasse, l’envoya au jugé en direction du haut de la colonne.
- « Aie ! »
Un visage apparut :
-« qui va là ? Qui dérange ma retraite ? »
- « Je ne suis qu’un pèlerin à la recherche de la Vérité, Sainteté »
- « De la Vérité, dis-tu ? Mais n’y’a-t-il qu’une Vérité… »
- « En cela maître, vous semblez adhérer à la thèse soutenue par les Moines de la Protubérante Réalité !!! »
- « Que me dis-tu là, sot ??? Point de sophismes !! Laisse donc ces mangeurs de légumes où ils sont avec leur hérésie !! »
- « Mais alors Auguste Sainteté, qu’en est-il ??? » gémit piteusement le pauvre pèlerin.
-« Il te faudra monter sur cette colonne si tu veux espérer, un jour, percevoir ne serait-ce qu’une once de l’Insondable Vérité. Mais prends garde, elle peut fort bien te consumer.
- « Qu’importe Maître, je suis prêt à tous les sacrifices ».
-« Alors, il te faut venir ici. Voici la corde, je descends. Ainsi, je te laisse la place. Prends tout ton temps pour méditer, je garderai ta mule ».
Le pèlerin s’installa. Au bout d’un instant, il s’adressa de nouveau au vieil ermite :
-« Maître, comment dois-je faire ??? »
-« Assieds-toi jambes croisées, sans bouger, et respire lentement. » dit l’ermite, tout en fouillant les affaires du pèlerin.
-« Maître, comment saurais-je que je suis parvenu à percevoir la Réalité Ultime ?? »
-« Et bien, sot que tu es, lorsqu’elle se présentera à toi, tu la reconnaitras ! » Répondit l’ermite tout en passant la bourse à sa ceinture.
Une heure s’écoula, puis deux. L’attente immobile commençait à fatiguer les membres du pèlerin.
En désespoir de cause, il cria dans le noir :
« Maitre, je ne vois rien venir, c’est si dur ».
Il n’obtint aucune réponse. Dépité, lassé, dégouté d’être si peu vertueux, il entreprit de redescendre pour aller s’avouer piteusement vaincu à l’ermite.
Arrivé au pied de la colonne, il ne trouva ni mule, ni ermite.
…………………………………………………………………………………………………..
Le vieil homme arriva en ville sur le dos de sa mule. Il était sale, maigre à faire peur. Ses articulations, rendu raides par l’inactivité lui arrachaient des grimaces de douleurs, mais c’est cependant avec une lueur égrillarde dans le regard qu’il s’adressa en ces termes à un passant :
-« Dis-moi, homme, où puis-je trouver la maison de Plaisirs ???????»