Lundi 14 mai 2007
Laissez-moi vous raconter une petite histoire édifiante. On pourrait la considérer sous divers angles : rigolote, ridicule ou désespérante.
A l’heure où l’on parle de réchauffement climatique, de pénurie possible d’eau, de conflits même liés à la rareté, cette petite histoire prend tout son sens.
Il se trouve qu’à cause du peu de pluie et des chaleurs exceptionnelles pour la saison, l’eau fait déjà défaut à certains endroits. L’Auvergne n’est pas véritablement le département le plus mal loti, il n’empêche.
Le puit de mon père est quasiment à sec, ce qui n’est jamais arrivé. Il ne descend pas très profond, ceci explique peut-être cela. Le fait est que c’est exceptionnel.
Ce puit se trouve sur une parcelle de terrain divisée en plusieurs jardinets.
Chaque jardinet à un puit, certains plus profonds que d’autres se trouvent donc moins touchés par le manque d’eau. Du jour au lendemain, la réserve d’eau s’y refait sans problème.
En fait, ces puits n’appartiennent à personne en particulier et chacun peut y puiser de l’eau.
Mais voilà : l’eau manque et les fourmis ne sont pas prêteuses.
J’avais trouvé étrange, l’autre jour, de voir que le voisin avait clos son puit et empiler de grosses pierres dessus. J’en demande la raison à mon père, celui-ci me répond que c’est pour empêcher les gens de venir y puiser de l’eau.
Mon père m’explique qu’il a eu beau dire que ces puits étaient disponibles pour tout un chacun, rien n’y a fait. Le voisin estime que ce puit est à son usage, dialogues de sourd, impossibilité de s’entendre, engueulade, bref, rien n’y fait.
Bien sûr, on a pu détourner le problème. Ce voisin ne venant que le matin, il suffit d’aller puiser l’eau le soir, de tout remettre en place. La réserve se refait et il n’y voit que du feu.
Il y a d’ailleurs gros à parier qu’il n’est pas dupe et sait très bien qu’on s’y sert, mais c’est comme ça. Il a défini qu’il était à son usage.
Et encore, je le répète, l’eau ne fait pas défaut et tout le monde peut en bénéficier.
Alors, imaginer des ethnies entières en manque de cette ressource aussi primordiale… guerres et conflits assurées.
J’ai beau me creuser la tête, je ne comprends pas cette incapacité à partager tellement ancrée dans l’esprit humain.
Peur du manque ? Peur de l’autre ? Exacerbation du sentiment de pouvoir par le fait de posséder quelque chose que n’a pas l’autre ?
Comme d’habitude, il y a les belles idées, les belles idéologies sur l’humanité. Sauf que sur le terrain, ça n’est jamais qu’une affaire de pouvoir et de conflit. Qu’est-ce-qui peut pousser un/des hommes à partager, construire avec un/des autres hommes ?? Plus fort que soi, bien souvent, une main de fer qui s’abat et décide qu’un tel doit s’entendre avec un tel. Un arbitrage. Rarement une remise en question de son attitude propre et des implications de celle-ci sur la suite.
Et là, je ne vous cause même pas des justifications idéologiques ou religieuses. La sagesse n’est pas humaine.