Ainsi donc, il n’y a pas d’alternative possible : on accepte ce que l’on est, où l’on considère qu’il y a une vie à construire, un plus, un mieux, un autre, un but à atteindre qui nous amènera du bas vers le haut, de ce que l’on estime bas vers ce que l’on estime haut.
Je suis là et je pourtant je veux être ailleurs, et ce, à chaque instant de ma vie. Jamais je ne suis dans ma vie, toujours je suis dans un rêve de vie sublimé, autre. Toujours j’inscris ma vie dans le temps. Un passé pétrit d’expériences, de souvenirs, d’acquis culturels, sociaux me propulse dans un futur me privant de la case présent.
De toute manière, c’est la règle sociale. Ne pas m’y conformer fait de moi un marginal : un anti-social.
Il est humain de rêver mieux, de vouloir manger quand on crève de faim, de vouloir s’abriter quand on n’a pas de toit. C’est une autre que de rêver de gagner plus, d’avoir une plus grosse voiture, une plus grande bagnole, une plus belle femme, plus, plus, que ce que j’ai, actuellement, dans ma vie.
La question est : peut-on être simplement ce que l’on est ??? peut-on se regarder sans chercher à se juger à l’aune d’un modèle, sans fuir ce que l’on est, sans repousser ou sublimer ce que l’on trouve sombre en nous, sans vouloir être un autre. En finir avec ce paquet de certitudes et de jugements qui encroûte notre esprit ?
Peut-on, doit-on s’améliorer ?? Mais s’améliorer par rapport à quoi, quelle norme ?
Tout n’est que friction en nous, je me déteste, je me veux mieux, je me trouve pauvre, je me veux riche, toujours à dissiper notre énergie à nous combattre nous-mêmes… n’est-il pas possible de se dire : bon, je suis fainéant, je suis ainsi fait, pourquoi voudrais-je jouer au travailleur ? Je suis attiré par la luxure, je suis ainsi fait, pourquoi essayer de devenir un saint en contraignant ma nature, plutôt qu’en acceptant ce fait et par là-même, le désamorcer ? Certes, c’est un gain pour la société, cette « compression » que je m’impose, mais quel désastre sur un plan personnel.
La schizophrénie est partout : un tel se dit croyant et se comporte au quotidien comme un véritable tyran, telle autre s’habille de manière aguicheuse mais s’émeut du regard lourd porté sur elle par les hommes… nous sommes tous autres, comment voulez-vous que l’on s’y retrouve.
Regardez le bataillon de ces gens sinistres qui comptent, spéculent, entreprennent et ne sont pas capable de perdre leur regard 5 mn sur les nuages qui passent.
C’est nous ça ??? non, il y a tromperie sur la marchandise.